Svenja Ravioli, Annemarie Edenhofner, Christoph Schwarz, Susanne Oswald, Gregor Lindner
Cette publication, parue en 2026, compare les mesures de sodium et de potassium réalisées dans le service des urgences par biologie délocalisée (Point-of-Care Testing, POCT) et par le laboratoire central. Il s’agit d’une étude rétrospective monocentrique menée sur une période d’un an.
Les auteurs soulignent que peu d’études ont jusqu’à présent évalué les différences de mesure des électrolytes, notamment du sodium et du potassium, alors que ces paramètres sont très facilement accessibles sur les appareils de gazométrie utilisés en biologie délocalisée, cette différence est toutefois connue.
L’étude compare ainsi 6404 dosages de natrémie et 5622 dosages de kaliémie réalisés :
– d’une part sur sang total, dans le service des urgences, à l’aide d’un automate de gazométrie Radiometer ABL90;
– d’autre part au laboratoire central, sur plasma, à l’aide d’un automate Roche.
Les prélèvements destinés à la biologie délocalisée et au laboratoire sont réalisés à moins d’une minute d’intervalle. Les analyses au laboratoire sont effectuées dans un délai inférieur à deux heures après le dosage en biologie délocalisée.
Le principal résultat met en évidence l’existence d’une différence entre les valeurs obtenues en biologie délocalisée et celles du laboratoire central, POCT > laboratoire. Toutefois, dans plus de 5500 mesures cette différence n’entraîne globalement pas d’impact clinique majeur sur la prise en charge des patients.Les auteurs notent que la natrémie présente une concordance seulement modérée avec les résultats du laboratoire, tandis que la kaliémie montre une meilleure concordance.
– pour la natrémie, le delta entre les deux méthodes est supérieur à 4 mmol/L dans 8,5 % des cas et supérieur à 8 mmol/L dans 0,5 % des cas ; ils observent par ailleurs que l’écart entre les méthodes tend à augmenter lorsque la natrémie est élevée.
– pour la kaliémie, le delta est supérieur à 0,5 mmol/L dans 4,5 % des cas et supérieur à 1 mmol/L dans 1 % des cas.
Cette différence peut avoir des conséquences importantes sur certaines prises en charge cliniques, ce qui constitue un des points centraux de leur discussion.
En particulier, dans le cadre d’une hyponatrémie sévère, la prise en charge repose sur l’administration de sérum salé hypertonique avec réévaluations biologiques répétées. Une nouvelle administration est indiquée en l’absence d’augmentation suffisante de la natrémie, généralement fixée à environ 5 mmol/L. La précision de la mesure est donc essentielle afin d’éviter une correction insuffisante ou excessive. Les mêmes enjeux existent dans la prise en charge des hyperkaliémies.
Les auteurs recommandent ainsi fortement de conserver la même méthode analytique pour le suivi des électrolytes tout au long de la prise en charge d’un patient.
Concernant les limites de l’étude, les auteurs rappellent qu’il s’agit d’une analyse rétrospective, ne permettant pas d’identifier précisément les causes des écarts observés. Ils évoquent plusieurs hypothèses, notamment :
– des différences liées aux électrolytes utilisées par les différentes techniques;
– le fait que la biologie délocalisée soit réalisée sur sang total alors que le laboratoire utilise du plasma;
– des biais potentiels liés à l’hématocrite, à la protéinurie, la lipémie ou à l’hémolyse (non recueillis pour cette étude).
Les auteurs soulignent également le faible nombre de patients présentant des troubles ioniques sévères, notamment des hypernatrémies importantes.